Prunelle le dévorait du regard. Tous deux avaient succombé sur le champ sans échanger un traître mot. Seul le regard avait suffi. La magie de l’amour avait opéré sans tumulte. Discrète mais concrète. Imprévisible mais inévitable.
Le dîner-gala fut une vraie réussite. L’on nota le professionnalisme des organisateurs. Tout était parfait. Presque trop, sans une seule fausse note. Prunelle et Debasse ne cessaient d’échanger des regards qui les faisaient détourner les yeux et afficher un petit sourire au coin des lèvres.
Lors des distinctions, Debasse glana le prix de la meilleure institution financière du continent sous les ovations de ses pairs. Le maître de cérémonie vanta ses mérites tandis qu’il rejoignait le podium pour recevoir son prix. Ce fut un homme heureux et ému qui prit la parole.
Prunelle ne rata aucun mot de son allocution. Tout en lui respirait le prestige, le style, l’élégance, la classe et l’éloquence. Elle était séduite. Quelle femme ne rêverait pas d’être son épouse ? Il fallait ne pas le contempler encore moins l’écouter. Il était comme une sorte d’interdit, un panneau-stop qui aiguisait la curiosité, sa curiosité.
C’est sûrement cela qui la poussa à accepter son invitation à boire un dernier verre au bar de l’hôtel où ils logeaient.
— Je ne devrais pas être là, dit-elle comme une adolescente indécise.
Il la dévisagea, fronça les sourcils et l’interrogea du regard.
— ... Vous êtes un concurrent, expliqua-t-elle, qui vient de gagner le prix que je convoitais pour ma banque et en plus de cela vous êtes un homme marié, la propriété privée d’une autre femme.
Il lui décocha un sourire à faire fondre son cœur.
— J’ai apparemment tout d’un mauvais garçon. Je suis vraiment désolé, fit-il avec un sourire.
— Ne le soyez pas. L’année prochaine, je vous damerai le pion.
— Je n’en doute pas. Vous êtes une perle rare.
— Dois-je vous remercier ? demanda-t-elle en l’interrogeant du regard.
Il fit signe de la tête que non. Il était conquis. Ils échangèrent un regard complice.
En effet, Prunelle avait de quoi couper le souffle à n’importe qui. Sa grande beauté attirait immédiatement la sympathie et la convoitise des hommes, de tous les hommes. Debasse en faisait l’expérience. Tous deux ne virent pas le temps passer. Ils échangèrent à bâtons rompus durant plus d’une heure comme des adolescents.
Prunelle laissa fuser son rire perlé dans une totale innocence. Il ne la quittait pratiquement pas des yeux, elle paraissait le fasciner. Il la trouvait si belle et si sensuelle qu’il eut un déchirement au cœur quand elle décida de prendre congé de lui. Il se faisait tard. Il la raccompagna.
Prunelle referma tout doucement la porte de sa chambre d’hôtel. Elle se sentit envahie d’une sensation inexprimable et demeura songeuse et rêveuse au seuil de la chambre pendant une bonne dizaine de minutes.
— Si seulement il n’était pas marié..., regretta-t-elle avec une certaine amertume.